L’Europe en famille — 3 semaines : Espagne, Portugal et Irlande
Tout a commencé par un billet d’avion impossible à trouver. On voulait le Portugal — juste le Portugal. Mais les vols depuis Québec vers Lisbonne étaient hors de prix, introuvables ou complets. Et puis, un soir, un deal apparaît : 650 $ pour Dublin. On clique. Et c’est là que tout déraille — dans le bon sens du terme.
C’est souvent la meilleure stratégie quand on voyage depuis le Canada vers l’Europe : prendre le vol le moins cher vers n’importe quelle ville européenne, puis utiliser les compagnies low cost européennes — Ryanair, EasyJet, Vueling — pour se rendre à destination finale. Les vols intra-Europe coûtent souvent 30 à 80 $, là où un vol direct Québec-Lisbonne peut facilement dépasser les 1 200 $. Dublin devient Madrid. Madrid ouvre l’Andalousie. Et l’Andalousie mène au Portugal. Le voyage se construit seul.
De Madrid aux ruelles médiévales de Tolède et aux aqueducs romains de Ségovie, puis vers le sud jusqu’aux splendeurs de l’Andalousie — Cordoue, Grenade, le vertige de Ronda, la Caminito del Rey et la magie de Séville — avant de plonger dans l’Algarve sauvage de Lagos, remonter vers Lisbonne, s’émerveiller des vagues géantes de Nazaré et terminer dans la belle Porto… Ce voyage, on ne l’avait pas planifié comme ça. Il s’est construit escale par escale, coup de cœur après coup de cœur.
3 semaines. 3 pays. 14 étapes. Zéro regret.
Notre Itinéraire 3 semaine en Espagne/Portugal et Dublin
- Dublin — 🇮🇪 Arrivée (le deal à 650$ qui a tout déclenché !)
- Madrid — 🇪🇸 4 jours — base principale de l’Espagne du Centre
- Tolède — 🇪🇸 Day trip depuis Madrid — la ville médiévale suspendue
- Ségovie — 🇪🇸 Day trip depuis Madrid — l’aqueduc romain et l’Alcázar
- Cordoue — 🇪🇸 2 jours — Andalousie — Mosquée-Cathédrale
- Grenade — 🇪🇸 1 jour — Andalousie — l’Alhambra
- Ronda — 🇪🇸 1 jour — Andalousie — Caminito del Rey & le Pont Neuf
- Séville — 🇪🇸 1 jour — Andalousie — Cathédrale & Alcázar
- Lagos — 🇵🇹 3 jours — Algarve — côte sauvage & plages dorées
- Lisbonne — 🇵🇹 3 jours — Tram 28, Belém, Pastéis de nata
- Nazaré — 🇵🇹 2 jours — les vagues géantes du monde !
- Braga — 🇵🇹 Day trip depuis Porto — sanctuaires & vieille ville
- Porto — 🇵🇹 3 jours — caves à vin, Livraria Lello, vol retour
- Dublin — 🇮🇪 3 jours — city trip final avant le retour à Québec
- Total : 23 jours · 14 étapes · 3 pays 🇪🇸🇵🇹🇮🇪
Quoi faire par destination et où dormir
Jour 1 — Dublin → Madrid : Bienvenue en Espagne

Dublin Airport — Le décalage culturel commence avant même de partir
Les vols avec correspondance autonome, c’est toujours un peu stressant — on gère les connexions seuls, sans filet, et une heure de retard peut tout faire basculer. Mais cette fois, tout se passe bien. On embarque sans encombre… et là, première surprise : à l’aéroport de Dublin, il est 8h du matin et les gens boivent de la bière. Tranquillement. Normalement. Comme si c’était un café. Bienvenue en Irlande.
Le Transport Privé — La leçon à 50$
On atterrit à Madrid en début d’après-midi, et là, première vraie galère du voyage. J’avais lu partout que réserver un transport privé à l’avance depuis l’aéroport était la chose à faire — plus fiable, prix fixe, pas de surprise. J’avais suivi le conseil à la lettre. Réservé, payé, confirmé.
Le chauffeur ne s’est jamais présenté.
On attend. On appelle. On écrit. Rien. On finit par prendre un Uber — qui arrive en 4 minutes, nous dépose à l’hôtel sans problème, et coûte la moitié du prix. La demande de remboursement au transporteur privé ? Refusée. Leçon apprise définitivement : plus jamais de transport privé prépayé via une plateforme inconnue. Uber, c’est une compagnie sérieuse avec un service client réel derrière. Le genre de mésaventure qu’on ne fait qu’une fois.
Madrid — Premier contact
On dépose les valises au Airbnb, douche rapide, et on part explorer. Madrid en fin d’après-midi, c’est magnifique — les grandes avenues, l’architecture dorée, l’énergie dans les rues. On cherche un resto vers 18h… et là, tout est fermé. Pas à moitié fermé — vraiment fermé. On fait le tour du quartier. Fermé. Fermé. Fermé.
On apprend très vite la règle d’or de l’Espagne : on ne mange pas avant 21h. Les Espagnols dînent à 21h, 22h, parfois 23h. Ce qui tombe finalement bien — c’est exactement l’heure à laquelle on mangeait au Québec sans changer de fuseau horaire. Notre premier repas madrilène se prend donc tard, dans une terrasse animée, avec une cerveza bien méritée. Le voyage commence vraiment.
Jour 2 — Ségovie : L’aqueduc et le château de conte de fées

Le départ express — et la SIM en chemin
Jour 2, pas question de traîner. On est debout tôt, sac sur le dos, et direction la gare. Le train pour Ségovie part de Madrid-Chamartín et file à toute allure vers le nord. En chemin, arrêt stratégique dans une Orange — mon téléphone ne supporte pas les eSIM, donc il faut une vraie carte physique. Deux minutes en boutique, une SIM locale en poche, et on repart. Connexion assurée pour le reste du voyage.
L’Alcázar de Ségovie — exactement ce qu’on imaginait
Et puis on le voit. L’Alcázar de Ségovie — perché sur son éperon rocheux, tourelles pointues, murs de pierre grise, douves et tout. C’est exactement l’image qu’on se fait d’un château depuis l’enfance. Pas de déception, pas de « c’est plus petit qu’en photo » — au contraire. Il est encore plus impressionnant en vrai. On dit souvent que c’est l’une des inspirations du château de Disney… et en le voyant, on comprend pourquoi.
On paie l’extra pour monter dans la Tour de Jean II — et c’est la bonne décision. Depuis le sommet, la vue sur Ségovie, la plaine castillane et les montagnes au loin est absolument spectaculaire. Les jambes brûlent un peu dans les escaliers en colimaçon, mais ça vaut chaque marche.
L’aqueduc romain — 2 000 ans sans ciment
Après le château, on fait le tour de la vieille ville à pied pour rejoindre l’aqueduc romain — et là, deuxième choc visuel de la journée. Une structure de 167 arches, construite au 1er siècle après J.-C. par les Romains, qui traverse le centre-ville comme si c’était la chose la plus normale du monde. Pas de mortier, pas de ciment — juste des blocs de granit assemblés à la perfection depuis près de 2 000 ans. On lève la tête, on regarde, et on se sent tout petits.
En fin d’après-midi, on reprend le train vers Madrid, la tête encore pleine de pierres et de tours pointues. Ségovie, c’est une journée parfaite — courte, dense, et inoubliable.
Jour 3 — Tolède : la ville des trois cultures

Direction Tolède — l’estomac vide
Même rituel que la veille — on part trop tôt, pour manger à Madrid, tout est fermé. Le train depuis Madrid dépose directement au pied des remparts de Tolède, et là, premier réflexe : trouver une terrasse et déjeuner. Parce qu’en Espagne, on apprend vite — on ne combat pas les horaires, on s’y adapte.
la ville des trois cultures
Tolède, c’est une ville à part. Perchée sur un méandre du Tage, entourée de remparts médiévaux, elle a été pendant des siècles le lieu de cohabitation unique entre chrétiens, musulmans et juifs — une rareté en Europe à cette époque. Et ça se voit dans chaque rue, chaque pierre, chaque édifice.
On fait le tour complet à pied — petites ruelles pavées, placettes cachées, petites églises romanes, une mosquée du Xe siècle reconvertie, des palais, des remparts. Pas besoin de courir d’un monument à l’autre — ici, la ville est le monument. On tourne, on s’perd, on découvre. C’est exactement le genre de ville que tu ne peux pas mal visiter — peu importe où tu vas, tu tombes sur quelque chose de magnifique.
Retour à Madrid — le souper de minuit
On rentre à Madrid en fin de journée, et ce soir on ne fait plus l’erreur du Jour 1 — on ne sort pas à 18h chercher un resto ouvert. On attend. On sort vers 22h. Et là… c’est une autre ville.
Les rues sont bondées. Les terrasses débordent. Les familles, les couples, les groupes d’amis — tout le monde est dehors, tout le monde mange, tout le monde parle fort et rit. On s’installe, on commande, on mange jusqu’à minuit. Et autour de nous, personne ne presse, personne ne regarde l’heure. C’est fascinant — on dirait que toute la population sort manger chaque soir, comme si c’était une institution nationale.
Au Québec, minuit c’est l’heure de dormir. En Espagne, c’est l’heure du dessert.
jour 4 — Madrid et départ vers Cordoue

Le palais royal — fermé pour cause de royauté
Quatre jours à Madrid et on n’a pas encore mis les pieds dans les grands sites du centre — les musées, le Retiro, le Palais Royal. Ce matin, on se reprend. Direction le Palacio Real — le plus grand palais royal d’Europe occidentale, 3 000 pièces, façade imposante, jardins magnifiques.
On arrive. On cherche l’entrée. On tourne. Tout est fermé.
On comprend pas trop pourquoi — pas d’affiche claire, pas d’explication évidente. On demande. Et là on apprend : le roi était là. Felipe VI venait tout juste de quitter les lieux — on l’avait manqué de peu. Quand le roi utilise son palais, le palais ferme au public. Logique, finalement. Mais on repart bredouilles, un peu frustrés, un peu amusés aussi.
11h — Cap sur Cordoue
Pas question de perdre la matinée à attendre une réouverture hypothétique. Les valises étaient déjà prêtes — on avait planifié un départ vers 11h pour rejoindre Cordoue en train AVE. L’AVE espagnol, c’est le TGV local — rapide, confortable, ponctuel. En moins de deux heures, on quitte la Castille et on plonge dans l’Andalousie.
La stratégie du check-in bien calé — arriver pile à l’heure d’ouverture pour ne pas poireauter avec les sacs à dos dans la rue — est devenue notre réflexe depuis le début du voyage. En Espagne, les Airbnb sont populaires et nettement moins chers que les hôtels, surtout pour une famille de quatre. Mais les check-ins autonomes demandent une coordination millimétrée — arriver trop tôt, c’est se retrouver sur le trottoir à surveiller quatre sacs sous le soleil andalou.
On arrive à Cordoue en début d’après-midi, valises déposées, et l’Andalousie peut commencer.
L’Alcázar de los Reyes Cristianos — 2 000 ans d’histoire en un seul lieu
Première visite de la journée : l’Alcázar de los Reyes Cristianos — une forteresse-palais du XIVe siècle construite sur les ruines d’un château maure, au bord du Guadalquivir. C’est ici que les Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle avaient leur résidence principale en Andalousie — et c’est dans ces murs qu’ils ont reçu Christophe Colomb en 1486 pour financer son expédition vers les Amériques.
À l’intérieur, les mosaïques romaines découvertes sous la ville dans les années 1950 sont absolument spectaculaires. Mais ce sont les jardins qui volent la vedette — des jardins de style maure, avec fontaines, bassins, orangers et cyprès, qui s’étendent jusqu’au fleuve. Un endroit d’une sérénité absolue. Et le fun fact un peu sombre : ce même palais a servi de siège de l’Inquisition pendant plus de 300 ans. La beauté et l’horreur, côte à côte — comme souvent en Espagne.
jour 5 — Cordoue : la mosquée, les ruelles et les chevaux du roi

La Mosquée-Cathédrale — L’Impossible cohabitation
Cordoue commence par son monument le plus fou — la Mezquita-Catedral, un édifice qui défie toute logique architecturale et historique. Au VIIIe siècle, les Maures construisent une mosquée gigantesque — une forêt de 856 colonnes de marbre et de jaspe, surmontées d’arcs bicolores rouge et blanc à perte de vue. Des siècles plus tard, les chrétiens reconquièrent la ville… et au lieu de détruire la mosquée, ils construisent une cathédrale gothique en plein milieu. Le résultat est absolument déconcertant — et absolument magnifique.
On entre, on lève les yeux, et on ne sait plus où regarder. C’est à la fois un lieu de prière musulman, une cathédrale catholique, et un chef-d’œuvre architectural unique au monde. On n’a jamais rien vu de pareil.
La ville — le labyrinthe blanc
L’après-midi, on flâne dans le quartier juif — les ruelles blanches à la chaux, les portes ornées de géraniums colorés, les patios cachés derrière des grilles en fer forgé. Cordoue est une ville qui se découvre lentement, à pied, sans plan précis. Chaque tournant révèle une placette, une fontaine, une façade fleurie. C’est calme, beau, et étrangement hors du temps.
Le soir — les écuries royales et le spectacle équestre
Et là, le coup de cœur inattendu de Cordoue. En soirée, on visite les Caballerizas Reales — les anciennes écuries royales de Philippe II, construites au XVIe siècle. Le bâtiment seul vaut le détour — une cour intérieure majestueuse, des box en bois sculptés, une architecture qui respire la noblesse et le soin apporté aux animaux de la Couronne.
Mais c’est le spectacle équestre qui prend tout le monde par surprise. Les chevaux andalous — pure race espagnole — évoluent dans l’arène au son de la musique flamenco. Pas un cirque, pas un show touristique ordinaire — une vraie démonstration de dressage classique espagnol, gracieux, précis, presque hypnotique. Les enfants, les ados, les adultes — tout le monde est scotché.
On ressort des écuries royales dans la nuit chaude de Cordoue, encore étourdis par la beauté de la journée. Deux jours ici, c’était la bonne décision.
Jour 6 — Grenade : la journée où tout a failli déraper

Le réveil catastrophique
On avait un plan. Un bon plan. Se lever à 7h, récupérer la voiture de location à la gare de Cordoue, et filer vers Grenade pour notre réservation à l’Alhambra. La veille, le proprio de l’Airbnb m’avait demandé l’heure de départ — « vers 7h30 » — il était ravi, ça faisait bien son affaire.
Le lendemain matin, le cadran ne sonne pas. Personne ne se réveille. Pas un bruit, pas un mouvement dans l’appartement.
Jusqu’à 9h00, quand une dame entre directement dans notre chambre pour faire le ménage. Cris. Confusion générale. Elle est désolée, on est désolés, tout le monde est désolé. C’était ma faute — clairement. On demande 20 minutes, on rassemble tout en mode panique, et on file.
La location de voiture — le cauchemar en plusieurs actes
À la gare, la nouvelle tombe comme un couperet : « Vous êtes en retard. Réservation annulée. »
Je fais le tour des agences, complètement découragé. Hors de prix partout. Sans voiture, c’est la fin du monde — Ronda, Séville, Lagos, tout l’itinéraire s’effondre. Je fouille internet frénétiquement et je déniche enfin un deal correct, mais dans une agence à l’autre bout de la ville.
On monte dans un taxi. Le taxi part. J’annonce l’adresse au chauffeur. Il se retourne, essaie de rester sérieux et explose de rire. C’est à la gare !
On refait le trajet en sens inverse, direction exactement le point de départ. Je retourne voir la dernière agente — celle qui m’avait sorti un tarif prohibitif — ma nouvelle réservation sur mon téléphone. On récupère les clés, on charge les sacs. Il est presque 11h. Grenade nous attend.
L’Alhambra — Le billet impossible
On avait une réservation horodatée pour l’Alhambra. En arrivant à Grenade, le verdict est sans appel : trop tard. Le créneau est passé. Les billets sont périmés.
L’Alhambra, c’est le monument le plus visité d’Espagne — les billets se réservent des semaines à l’avance et chaque entrée est strictement minutée. Pas de flexibilité. Pas d’exception.
Mais là, coup de chance incroyable : je repère un vendeur avec 4 billets qu’il ne pouvait pas utiliser. Je négocie. On s’entend sur un prix. Mais avant de sortir le moindre euro, je lui dis : « On va à la porte ensemble d’abord. » On s’approche de l’entrée, le billet passe, le tourniquet s’ouvre. Là, je le paie.
Et la visite commence. Enfin.
L’Alhambra — ça valait absolument tout ça
Toute cette folie matinale, le réveil raté, le taxi inutile, la course contre la montre, le billet de dernière minute — ça valait chaque minute de stress.
L’Alhambra, c’est une autre planète. Les jardins du Generalife — cascades, bassins, cyprès centenaires et rosiers en fleurs — sont d’une sérénité absolue. Les palais nasrides sont un délire de stuc sculpté, de mosaïques, d’arches répétées à l’infini, de plafonds en bois qui ressemblent à des stalactites dorées. Et tout ça avec, en toile de fond, la Sierra Nevada qui se découpe dans le ciel bleu d’Andalousie.
On n’avait jamais rien vu d’aussi beau.
Jour 7 — Caminito del Rey & Ronda : nature et vertige

Au revoir Grenade — à contrecœur
On repart tôt. Après une grosse soirée dans les terrasses de Grenade — encore ces nuits espagnoles qui s’étirent naturellement jusqu’à minuit passé — on charge la voiture à l’aube avec la légère impression d’abandonner quelque chose. Grenade, c’est une de ces villes où on réalise en partant qu’on aurait dû prévoir un ou deux jours de plus. L’Albaicín, le quartier gitan du Sacromonte, les petites tapas gratuites avec chaque verre… On reviendra.
La Caminito del Rey — le canyon à couper le souffle
Première étape de la journée : la Caminito del Rey — littéralement « le Chemin du Roi », une passerelle suspendue le long des parois verticales d’un canyon spectaculaire près de Málaga. Encore une fois, billet horodaté obligatoire — l’Espagne ne rigole pas avec la gestion des flux touristiques.
Particularité ici : visite guidée obligatoire. Je n’ai pas réussi à trouver de billet sans guide — et honnêtement, une fois sur place, je n’en ai pas vraiment vu l’utilité. Le canyon parle de lui-même. On lève les yeux, on voit les parois rocheuses qui montent à la verticale de chaque côté, on regarde en bas et on voit la rivière loin en contrebas, on avance sur la passerelle métallique accrochée à la roche — et on n’a pas besoin qu’on nous explique que c’est impressionnant.
Après des jours à enchaîner châteaux, mosquées, palais et villes médiévales, cette parenthèse nature fait un bien énorme. Le corps respire différemment, les yeux se reposent sur du vert et du gris plutôt que sur de la pierre sculptée. C’est le bon moment du voyage pour sortir des villes.
Ronda — le vertige du Pont Neuf
En fin d’après-midi, on arrive à Ronda — une ville perchée sur un plateau rocheux, coupée en deux par une gorge de 100 mètres de profondeur, enjambée par le célèbre Puente Nuevo. On a juste le temps d’une petite visite : on gare la voiture, on marche jusqu’au pont, on se penche par-dessus le parapet.
Cent mètres de vide. La gorge du Tajo qui s’enfonce entre les parois. La rivière minuscule tout en bas. C’est vertigineux, spectaculaire, et complètement différent de tout ce qu’on a vu jusqu’ici.
La nuit tombe sur Ronda. On trouve notre Airbnb, on pose les sacs, et pour une fois, on dort tôt. Demain — Séville.
Jour 8 — Séville : Chaos, lessive & cathédrale

Ronda — la descente au fond du gouffre
On se lève tôt pour finir ce que la veille n’avait pas eu le temps de faire. Ronda, ce n’est pas grand — mais c’est dense en beauté. On marche jusqu’en bas du Puente Nuevo, dans la gorge du Tajo, pour voir le pont depuis le bas cette fois. De là, la perspective est encore plus saisissante — la ville suspendue là-haut, le pont qui enjambe le vide, les parois rocheuses qui encadrent tout. C’est vraiment très joli. Court mais parfait.
La campagne andalouse — le meilleur trajet du voyage
On reprend la voiture direction Séville, et le trajet est une surprise en soi. La campagne andalouse défile — des collines dorées, des oliveraies à perte de vue, des villages blancs perchés sur les crêtes, des routes qui serpentent sans circulation. Ça roule bien, c’est beau, et on se dit qu’on comprend pourquoi les gens tombent amoureux de cette région.
Séville — la guerre du parking de location
Et puis on arrive à Séville. Embouteillage monstre. Centre-ville bloqué. Et moi qui cherche le bureau de retour de la location de voiture.
Il y en a des dizaines autour — mais pas de la bonne compagnie. Je fais un tour. Je refais un tour. Je commence à stresser — l’heure de retour approche, et dépasser la limite, c’est facturer l’heure supplémentaire. Je fais un troisième tour. Le GPS m’envoie à gauche, la réalité est à droite — complètement de l’autre côté de ce qu’il m’indiquait.
Je trouve enfin. J’arrive avec 10 minutes de retard. Le gars me parle déjà de frais supplémentaires avant même d’avoir inspecté la voiture. On règle ça, je paie, je rends les clés.
Fini les voitures de location. À jamais.
L’Airbnb — la laveuse de l’enfer
L’Airbnb de Séville est magnifique — complètement rénové, beau, lumineux, bien situé. Et surtout : il y a une laveuse. Après une semaine de voyage, les vêtements commencent à se faire rares. On charge la machine avec tout ce qu’on a, on appuie sur démarrer, la laveuse se remplit d’eau…
Et quand vient le temps de lancer le cycle — le disjoncteur saute.
On réessaie. Saute. On réessaie. Saute. Trois, quatre fois. On écrit au proprio. Il répond qu’il va venir demain. Mais on part demain matin.
Résultat : on accroche les vêtements détrempés partout dans l’appartement — sur les chaises, les portes, la terrasse, les poignées de fenêtres — en espérant que la chaleur sévillane fasse des miracles.
La cathédrale et l’Alcázar — la grandeur retrouvée
Vêtements pendus, moral récupéré, on part visiter. Et Séville reprend immédiatement ses droits.
La Cathédrale de Séville — la troisième plus grande cathédrale du monde — est colossale. À l’intérieur, le tombeau de Christophe Colomb repose sur les épaules de quatre rois sculptés. On monte à la Giralda, l’ancien minaret converti en clocher — une rampe en spirale à la place des escaliers, prévue pour que le muezzin monte à cheval. La vue sur Séville depuis le sommet est somptueuse.
Juste à côté, l’Alcázar de Séville — un palais royal encore utilisé aujourd’hui par la famille royale espagnole — est un chef-d’œuvre de l’architecture mudéjare. Les jardins, les fontaines, les azulejos bleutés, les plafonds sculptés — c’est somptueux. On comprend pourquoi Game of Thrones a tourné ici.
On finit la soirée dans les ruelles animées de Séville, autour d’une table bien garnie. Demain — le Portugal commence.
Jour 9 — de Séville à Lagos : bienvenue au Portugal

La surprise du matin — la preuve sous verre
Le lendemain matin, mon gars se lève le premier. Il regarde le sol. Quelque chose bouge.
Un gros cafard qui détale à toute vitesse vers le mur.
Réflexe immédiat : j’attrape un verre, je pose un carton en dessous — spécimen capturé, preuve conservée, photo envoyée au proprio. Dossier constitué.
Une chance que maman ne l’avait pas vu avant d’aller au lit. Le niveau de stress de la soirée aurait été tout autre. On range ça dans la catégorie des souvenirs qu’on raconte en riant… quelques semaines plus tard.
L’Airbnb de Séville : magnifique rénovation, laveuse hors service, cafard inclus. Avis TripAdvisor en cours de rédaction.
Séville à Lagos — la frontière invisible
On quitte Séville en bus direction Lagos, au Portugal. Le trajet traverse l’Andalousie, franchit la frontière portugaise — invisible, sans douane, sans arrêt, juste un panneau qui change de langue — et descend vers l’Algarve, la côte sud du Portugal. Le paysage change doucement : les oliviers laissent place aux figuiers et aux pins parasols, la lumière devient plus dorée, l’air sent la mer.
Lagos — le resort, la piscine et le repos mérité
Le Portugal, c’était la destination originale du voyage — celle qu’on avait en tête depuis le début, avant que le deal Dublin-Madrid ne réoriente tout l’itinéraire. Et on comprend pourquoi on en rêvait.
Pour la première fois depuis neuf jours de châteaux, de musées, de bus, de trains, de voitures de location et de laveuses en panne — on pose les sacs dans un condo dans un resort avec piscine. Pas d’Airbnb chez l’habitant, pas de check-in stressant, pas de disjoncteur à surveiller. Une vraie chambre, une vraie piscine, et trois jours pour ne rien faire de compliqué.
Lagos mérite amplement ses 3 jours. Les falaises dorées de Ponta da Piedade, les criques cachées accessibles en kayak, la vieille ville fortifiée, les plages de sable fin — c’est exactement ce qu’il fallait pour recharger les batteries à mi-voyage.
Jours 9‑11 — Lagos : on n’est plus en voyage, on est en vacances

Le tour de bateau — les grottes de l’Algarve
Lagos, c’est une autre énergie. On pose le mode « touriste culturel » et on enfile le mode vacancier pur. Première activité : le tour de bateau le long des falaises de l’Algarve — et c’est absolument spectaculaire. Les falaises ocre et dorées plongent directement dans l’Atlantique, percées de grottes, d’arches naturelles et de criques inaccessibles à pied. Le bateau se faufile dans les cavernes, la lumière joue sur l’eau turquoise, et on sort les téléphones comme tout le monde.
Kayak dans les grottes et snorkeling
Pour aller encore plus loin dans les recoins, on sort les kayaks. Les grottes se visitent différemment depuis l’eau — on pagaie à l’intérieur, la voûte passe au-dessus de la tête, et le fond est tellement clair qu’on voit chaque rocher en dessous. Un peu de snorkeling complète la journée — l’eau est fraîche mais transparente, et les rochers de l’Algarve cachent une belle vie marine.
Après neuf jours à courir de monument en monument, cette parenthèse nature et mer fait un bien absolument immense. Le corps décélère, les enfants décrochent des écrans, tout le monde respire. C’est ça aussi, un voyage réussi.
Le trou stratégique (karma instantané )
Mon plus vieux passe l’après-midi à creuser dans le sable — un vrai chantier, version “ingénieur en mission”. Il est fier, c’est SON œuvre.
Il va se baigner, revient… mais complètement distrait. Regard ailleurs. Très ailleurs
Résultat ? Plongée frontale dans SON PROPRE trou.
Face dans le sable, dignité en pause, et nous… incapables d’arrêter de rire pendant 20 minutes
Le karma de plage est rapide, précis, et sans pitié.
La grande découverte culturelle de Lagos
Parce que oui… la fameuse distraction.
Mes gars ont fait une observation très sérieuse ce jour-là : ici, le maillot est… disons… minimaliste. Très minimaliste. Et porté avec un naturel total.
Disons que ça change de ce qu’ils connaissaient des Québécoises.
La piscine et le resort — le luxe du rien faire
Entre les excursions, la piscine du resort fait office de quartier général. On s’y retrouve, on flotte, on lit, on ne regarde pas l’heure. Lagos, c’est exactement ce qu’il fallait à mi-parcours — trois jours de vraies vacances avant de reprendre la route vers Lisbonne.
Jour 12 — Lisbonne : le labyrinthe blanc

Le train de banlieue — l’illusion du TGV
On quitte Lagos en train direction Lisbonne. Sur le papier, ça semblait simple. Dans les faits — petit choc.
On n’est pas dans un TGV. On n’est pas dans un train express. On est dans un train de banlieue qui s’arrête à chaque croisement, chaque village, chaque arrêt de campagne portugaise. Toutes les dix minutes. Parfois moins. Je commence sérieusement à penser qu’on va finir nos vacances dans ce train.
Mais bon — le paysage est beau, le Portugal défile doucement par la fenêtre, et on finit par arriver à la Gare de Santa Apolónia de Lisbonne. Sains et saufs. Quelques heures plus tard que prévu.
L’Alfama — la carte postale vivante
On part à pied depuis la gare, sacs sur le dos, et on remonte vers notre Airbnb. Et là — premier choc visuel de Lisbonne.
On entre dans l’Alfama — le plus vieux quartier de la ville, un labyrinthe piétonnier qui grimpe sur la colline en une succession de ruelles étroites, d’escaliers cachés, de placettes inattendues. Les maisons sont blanches, entassées les unes sur les autres, ornées d’azulejos bleutés, de linge étendu entre les fenêtres, de géraniums aux balcons. C’est exactement les cartes postales. En vrai. En mieux.
Au début — soyons honnêtes — on regarde autour de nous avec une légère inquiétude. Les ruelles sont étroites, sinueuses, quasi désertes. Quelqu’un qui voudrait nous enlever aurait la tâche très facile dans ce labyrinthe.
Mais non. C’est Lisbonne. C’est sécuritaire, c’est vivant, c’est magnifique. La peur se dissout en cinq minutes, remplacée par l’émerveillement.
Premier après‑midi — on explore
Sacs déposés, on repart immédiatement explorer. Lisbonne à pied, c’est une ville qui se découvre colline après colline — chaque montée réserve une vue, chaque descente débouche sur une placette animée. Le Tram 28 passe en grinçant dans les ruelles trop étroites pour lui, les terrasses sentent le pastel de nata et le café, et partout cette lumière particulière de l’Atlantique qui donne à tout une teinte légèrement dorée.
Première journée à Lisbonne — et déjà on sait que trois jours, ce sera juste.
Jour 13 — Lisbonne : tram, marché et Fado

Le Tram 28 — l’attraction qui grince
La journée commence par le Tram 28 — l’icône absolue de Lisbonne. Un vieux tramway jaune qui grince, penche, accélère dans les descentes et se faufile dans des ruelles tellement étroites qu’on rentre les coudes par réflexe. C’est à la fois un transport en commun et une attraction touristique — tout le monde est dedans, tout le monde filme, et personne ne s’en excuse. On traverse l’Alfama, on monte, on descend, on s’accroche.
Le marché allemand — la révélation des prix
En explorant les collines, on tombe sur une place centrale avec un marché allemand — et là, révélation immédiate. Comparé au marché de Noël de Québec où chaque petit truc coûte une fortune, ici c’est accessible, varié, généreux. On goûte à tout. Une bouchée ici, un verre là, une spécialité locale encore. On n’a plus faim après dix minutes — mais on continue quand même, parce que c’est trop bon et trop peu cher pour s’arrêter.
Le principe du marché européen à la portugaise : on rentre avec un budget raisonnable, on repart avec l’estomac plein et le sourire aux lèvres.
L’aquarium — on ne peut pas s’en empêcher
L’après-midi, on se regarde. On se dit qu’on devrait peut-être faire quelque chose de culturel. Et puis quelqu’un mentionne l’Aquarium de Lisbonne — l’un des plus beaux d’Europe, construit pour l’Expo 98 au bord du Tage.
On ne peut pas s’en empêcher.
Encore un aquarium — on commence à avoir une collection sérieuse. Mais celui-là est vraiment exceptionnel, avec son immense bassin central où raies, requins et poissons lunaires évoluent en silence. Certaines choses valent la répétition.
Le Fado — Les larmes sans raison
Le soir, on choisit un petit resto sans prétention, à deux pas de notre logement. On commande, on mange, l’ambiance est simple et chaleureuse.
Et puis une voix s’élève.
Le fado.
Un homme assez âgé debout, une guitare portugaise, une guitare classique. Et cette voix — grave, tremblante, qui porte quelque chose d’indéfinissable. Une tristesse qui n’est pas triste. Une nostalgie qui ne ressemble à rien de connu. Les Portugais appellent ça la saudade — ce sentiment intraduisible de mélancolie douce, de quelque chose d’aimé et de perdu en même temps.
On comprend zéro mot de ce qu’elle chante.
Et pourtant — les larmes viennent toutes seules.
C’est ça, la magie du fado. Pas besoin de comprendre la langue. La musique entre directement dans le cœur, court-circuite la raison, et fait monter quelque chose qu’on ne savait même pas qu’on portait. On reste silencieux un long moment après que la chanson se termine.
Un des plus beaux moments du voyage.
Jour 14 — Sintra : les palais de conte de fées

Le train pour Sintra — la bonne surprise
On prend le train depuis Lisbonne direction Sintra — et bonne nouvelle, cette fois c’est un vrai train correct. Pas de banlieue qui s’arrête à chaque croisement. Sintra est à 40 minutes à peine — une petite ville perchée dans les collines boisées de la Serra, classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO, et qui concentre sur quelques kilomètres carrés une densité de palais absolument folle
Le palais de Pena — le plus beau château du monde ?
On monte jusqu’au Palais de Pena — et le choc visuel est immédiat. Perché sur son rocher dans la forêt, avec ses tourelles jaunes et rouges, ses terrasses, ses arches mauresques et ses balustrades manuélines, le Palais de Pena est un délire architectural du XIXe siècle qui assume complètement son côté conte de fées. Ce n’est pas sobre. Ce n’est pas discret. C’est flamboyant, coloré, audacieux — et c’est absolument magnifique.
La vue depuis les terrasses sur la forêt, Sintra en contrebas et l’Atlantique à l’horizon complète le tableau. On reste là un long moment, à regarder.
La Quinta da Regaleira — le mystère sous terre
Deuxième site de la journée : la Quinta da Regaleira — une demeure néo-gothique entourée d’un parc labyrinthique plein de symboles maçonniques et ésotériques. Spectaculaire en surface — grottes, cascades, chapelles cachées, tunnels souterrains.
Mais la star absolue, c’est le puits initiatique — un puits inversé qui descend dans le sol sur neuf paliers en spirale, chaque niveau symbolisant un degré d’initiation. On descend dans le boyau, la lumière disparaît progressivement, les parois de pierre se resserrent, et on débouche sur des tunnels souterrains qui rejoignent d’autres grottes du parc. C’est mystérieux, impressionnant, et complètement unique.
Le seul bémol — 2 h de file
Le seul bémol de la journée — et c’est un bémol honnête : Sintra est bondé. Comparativement à l’Espagne où les billets horodatés gèrent bien les flux, ici c’est la file d’attente classique — deux heures à attendre avant de pouvoir entrer. Sous le soleil.
Conseil pour ceux qui nous lisent : privilégiez un jour de semaine hors saison. Parce que ça vaut absolument le détour — mais deux heures de file, c’est deux heures de moins dans les palais.
Jours 15‑16 — Nazaré : le miroir et le resto de rêve

Au revoir Lisbonne — le cœur gros
On prend le bus pour Nazaré avec le cœur lourd. Lisbonne, c’est une de ces villes qui ne lâche pas facilement — on a beau savoir qu’on doit partir, on se retourne encore une fois en montant dans le bus. Le fado, l’Alfama, les pastéis de nata, la lumière dorée sur le Tage… On reviendra. C’est une promesse.
Les vagues géantes — spoiler : c’est un miroir
Nazaré. La ville des plus grosses vagues de surf au monde. On en avait vu les images spectaculaires sur internet — des murs d’eau de 20, 30 mètres qui s’abattent sur la côte portugaise, des surfeurs minuscules engloutis par des montagnes d’écume. On était préparés à être soufflés.
On arrive. On regarde la plage.
C’est un miroir.
Mer d’huile. Zéro vague. Une surface tellement plate qu’on pourrait y poser un verre sans le renverser. Internet nous avait bien eus — les vagues géantes de Nazaré, c’est saisonnier, c’est hivernal, c’est lié à des conditions météo très précises. En été, c’est une station balnéaire comme les autres. Belle, certes — une superbe plage, une vieille ville perchée sur la falaise, des ruelles charmantes, une atmosphère complètement différente de tout ce qu’on avait vu. Mais pas une vague en vue.
On range nos attentes, on ouvre les yeux sur ce qui est là — et Nazaré est vraiment charmante. Authentique, peu touristique, carrée et propre, avec cette lumière atlantique qui baigne tout d’une teinte argentée.
Le meilleur resto français de ma vie — découvert la veille du départ
Le soir, on flâne dans les ruelles de Nazaré en cherchant où manger. Et là, on tombe sur une minuscule porte, quelques tables à l’intérieur, une ardoise dehors.
Un petit resto français. Tenu par un couple — lui en cuisine, elle en salle. Deux personnes, quelques tables, tout fait maison. On entre presque par hasard.
C’est le meilleur repas français que j’ai mangé de ma vie.
Pas d’exagération. Les sauces, les cuissons, les saveurs — tout est parfait, généreux, sincère. Le genre d’endroit qu’on ne trouve pas sur TripAdvisor, qu’on découvre en tournant au bon coin au bon moment. On termine le repas et je fais une chose évidente :
Je réserve pour le lendemain soir.
Le proprio sourit, note le nom, confirme la table.
Et le lendemain matin, en préparant les sacs — on réalise. On part pour Porto.
On annule la réservation avec les regrets les plus sincères du voyage. Le meilleur resto français de ma vie, découvert 24 heures trop tard. C’est la loi du voyage parfait — les meilleures découvertes arrivent toujours la veille du départ.
Jour 17 — Porto : la ville qui dépasse toutes les attentes

Arrivée — le mannequin nue
Les attentes sont hautes pour Porto. Très hautes. La ville est sur toutes les listes des « plus belles villes d’Europe » depuis des années — et on arrive avec l’œil critique de quelqu’un qui a déjà vu Lisbonne, Séville et Grenade. On marche 10-15 minutes depuis la gare vers notre Airbnb.
Et on trouve l’adresse.
C’est une magnifique bâtisse bleue recouverte de céramique azulejo — trois étages de carreaux bleus et blancs qui brillent au soleil. Et au troisième étage, sur une galerie — un mannequin nue trône derrière la balustrade, regardant la ville avec un calme souverain.
Les gars trouvent ça hilarant.
Les passants s’arrêtent, lèvent le téléphone, prennent une photo. On les regarde faire avec le sourire un peu complice de ceux qui savent que c’est leur Airbnb.
Le proprio — la rencontre du voyage
Le propriétaire nous attend dehors. Un homme âgé, élégant, qui parle français avec cet accent chantant des Portugais. Il nous fait monter et nous fait découvrir son appartement — un espace ultra moderne qui a conservé tout le charme d’époque : les moulures, les hauteurs sous plafond, les fenêtres qui donnent sur les toits de Porto.
Et puis il disparaît un moment et revient avec une bouteille de Porto — qui décantait depuis un bon bout de temps. Il la pose sur la table, sort les verres, et s’assoit avec nous.
On passe plus d’une heure avec lui. Il nous parle de Porto, de sa vie, de l’appartement, de ses voyages. On lui parle du Québec, de notre itinéraire, de nos coups de cœur. Le Porto est excellent. La conversation l’est encore plus.
En partant, on se promet de rester en contact.
Ce n’est pas une promesse en l’air.
Il m’écrit encore chaque année pour me souhaiter la bonne année.
C’est ça, les vraies rencontres de voyage — pas les monuments, pas les musées. Les gens.
Premier soir — la place centrale et le canal
On range les sacs, on sort explorer. La place centrale est à peine 50 mètres — et c’est une explosion de vie. Le canal de Porto, la Ribeira, les façades colorées qui se reflètent dans l’eau, les terrasses bondées, les musiciens de rue, les Rabelos — ces bateaux traditionnels à fond plat qui transportaient autrefois les tonneaux de Porto. De l’animation partout, dans chaque direction, à chaque coin de rue.
Porto tient toutes ses promesses. Et il reste encore deux jours.
Jour 18 — Porto : palais, téléphérique et cave à vin

La matinée — palais et musées
Porto se découvre à pied, colline après colline. La matinée est consacrée aux incontournables — les palais, les églises dorées à l’or à la feuille qui débordent littéralement de baroque portugais, les azulejos qui racontent des histoires sur chaque façade. L’Igreja de São Francisco est particulièrement saisissante — l’intérieur est recouvert de 600 kilos d’or. On entre, on lève les yeux, et on reste bouche bée. Porto ne fait pas dans la demi-mesure.
Le téléphérique — la vue sur le Douro
En milieu de journée, on prend le petit téléphérique de Gaia — une cabine suspendue qui descend doucement vers les rives du Douro. La vue depuis la cabine sur les ponts de Porto, les façades colorées de la Ribeira et le fleuve qui miroite en contrebas est absolument spectaculaire. Trente secondes de trajet, une vue qui dure toute la vie.
La cave à Porto — la vraie dégustation
Et puis on part à l’aventure sur la rive de Vila Nova de Gaia — l’autre côté du Douro, là où s’alignent les caves à Porto des grandes maisons. On en choisit une, on fait la visite guidée — les fûts de chêne qui s’empilent dans la pénombre, l’odeur sucrée et boisée du vin qui vieillit, l’histoire de ce vin fortifié que les Anglais ont rendu célèbre au XVIIIe siècle.
Et puis la dégustation. Blanc, tawny, ruby — chaque verre raconte quelque chose de différent. Sucré mais complexe, chaleureux, avec ce finish qui reste longtemps en bouche. On repart avec quelques bouteilles format dégustation sous le bras — évidemment.
Le soir — la Francesinha
Le soir, on découvre l’incontournable gastronomique de Porto — la Francesinha. Un sandwich qui n’a de sandwich que le nom : du pain, plusieurs couches de viande — jambon, saucisse, steak — recouvertes de fromage fondu gratiné, le tout noyé dans une sauce tomate-bière épicée et chaude. C’est généreux, c’est lourd, c’est absolument délicieux.
Le choix de viandes est impressionnant — chaque resto a sa propre recette, sa propre sauce secrète, ses propres combinaisons. On commande, on regarde arriver le plat, et on comprend immédiatement pourquoi les Portuans en mangent plusieurs fois par semaine.
La journée se termine le ventre plein et le cœur content. Porto confirme chaque heure qu’elle est la plus belle ville du voyage.
Jour 20 — Braga & départ pour Dublin

Braga — la dernière escapade portugaise
Dernière journée au Portugal. On prend le train depuis Porto direction Braga — une vieille ville médiévale à 50 minutes au nord, souvent éclipsée par Porto et Lisbonne dans les guides, mais qui mérite largement le détour. Braga, c’est une des plus vieilles villes de la péninsule ibérique — des ruelles pavées, des églises baroques à chaque coin, une cathédrale du XIe siècle, et une atmosphère authentique de ville portugaise qui vit pour elle-même et pas pour les touristes.
Le château — le vrai Moyen Âge sans artifice
Et puis — le château. De l’extérieur, c’est exactement ce qu’on imaginait : des remparts épais, des tours carrées, des murs de pierre qui racontent dix siècles d’histoire. Magnifique, imposant, parfaitement médiéval.
De l’intérieur — ce n’est pas rénové.
Pas de muséographie moderne, pas de panneaux explicatifs rétroéclairés, pas de reconstitutions en cire. Juste la pierre brute, les salles vides, les planchers qui grincent, l’humidité des murs épais. C’est authentique à un point qu’on ne voit plus souvent — un château qui ressemble encore à un vrai château abandonné, pas à un parc d’attractions historique.
Et c’est vraiment intéressant. On touche les murs, on imagine les siècles, on se promène sans guide ni fléchage. C’est le genre de visite qu’on ne peut plus faire dans les grandes destinations touristiques — trop brut pour Instagram, parfait pour les vrais curieux.
Retour à Porto — et au revoir Portugal
On reprend le train vers Porto en fin d’après-midi. Les sacs sont bouclés depuis le matin. On fait le tour de l’appartement une dernière fois — le proprio nous a laissé un petit mot. On pense au rendez-vous annuel de la bonne année.
À l’aéroport de Porto, on embarque pour Dublin — la dernière étape du voyage. Celle qu’on avait presque oubliée dans la frénésie ibérique. Trois jours dans la capitale irlandaise pour boucler la boucle — là où tout avait commencé, là où le deal à 650$ avait tout déclenché.
Le Portugal, on le quitte le cœur plein. C’était exactement ce qu’on espérait — et tellement plus
Jours 21‑23 — Dublin : prix, histoire & bière houblonnée

L’hôtel — le retour à la réalité
Dublin. Premier hôtel du voyage — après trois semaines d’Airbnb bien équipés, bien situés et abordables en Espagne et au Portugal, on arrive dans un hôtel irlandais à trois fois le prix de la nuit à Porto.
La chambre : un lit et un divan-lit plein de ressorts. Pour quatre personnes.
Petit tour à la réception. « Pas d’autre chambre disponible. » Un grand classique. Le réceptionniste, visiblement habitué à ce genre de conversation, revient avec une pile de couvertures supplémentaires pour amortir les ressorts. C’est pas pire. On dort.
Bienvenue à Dublin — où tout coûte le double et où on dort sur des ressorts.
Jour 1 — La brasserie Heineken & la Prison
On débute fort. Direction la visite Heineken — et première surprise : ça ne ressemble pas du tout à une brasserie. C’est immersif, spectaculaire, scénographié comme Disneyworld. Des salles thématisées, des effets visuels, l’histoire du brassage racontée avec un soin et une créativité impressionnants. C’est vraiment beau, vraiment intéressant — et ça se termine par la cerise sur le gâteau : deux pintes incluses.
Ma blonde ne boit pas de bière noire.
Je ne lui ai pas dit qu’il y avait aussi de la blonde.
J’ai donc dû boire les deux pintes. Tragique sacrifice.
L’après-midi, direction la Prison de Kilmainham — celle qu’on reconnaît dans des dizaines de films et séries. Une visite horodatée, guidée, chargée d’histoire irlandaise — les rebellions, les exécutions des leaders de l’insurrection de Pâques 1916, les cellules froides et sombres qui ont vu passer les grands noms de l’indépendance irlandaise. C’est passionnant, émouvant, et d’une densité historique rare. On sort de là silencieux et impressionnés.
Jour 2 — Saint Patrick & le whisky
Dernière journée. On visite la Cathédrale Saint-Patrick — la plus grande église d’Irlande, construite au XIIe siècle, là où Jonathan Swift, l’auteur des Voyages de Gulliver, est enterré. Sobre, majestueuse, chargée de siècles d’histoire irlandaise.
Et pour finir en beauté — une distillerie de whisky irlandais. Parce qu’on ne quitte pas Dublin sans comprendre la différence entre le whisky irlandais et le scotch. Plus doux, triple distillé, sans tourbe — le whisky irlandais a sa propre personnalité, et la dégustation finale le prouve.
Et puis — l’aéroport. Le vol retour vers Québec.
Le bilan — Dublin, c’est chère
Dublin, c’est bref et c’est cher. Très cher. À Dublin, tout se paie — les hôtels, les restos, les activités, les pintes. Je n’aurais jamais eu le budget pour passer trois semaines en Irlande — et c’est exactement pour ça que la stratégie du vol pas cher vers Dublin + low cost vers Madrid était la bonne décision. Trois jours, c’était parfait — assez pour goûter à la ville, pas assez pour vider le compte en banque complètement.
Dans l’avion du retour, on fait le bilan. Trois semaines. Trois pays. Quatorze étapes. Un deal à 650$ qui a tout déclenché. Une voiture de location catastrophique. Un cafard sous un verre. Un trou dans le sable. Des larmes devant un fado. Un proprio qui écrit encore chaque année. Des vagues qui n’étaient pas là. Le meilleur resto français du monde découvert trop tard.
C’est ça, un vrai voyage. Pas le plan parfait — l’aventure réelle.
Quel budget prévoir pour 3 semaines en famille ?
3 semaines · 4 personnes · 14 étapes
Vols — 2 912 $
Québec → Dublin (650 $ × 4) · Dublin → Madrid Ryanair (28 $ × 4) · Porto → Dublin retour (50 $ × 4)
Hébergement — 2 828 $
Airbnb ~60 €/nuit × 20 nuits · Hôtel Dublin ~250 €/nuit × 3 nuits
Nourriture — 1 680 $
80 $/jour × 21 jours — tapas, Francesinha, pastéis de nata & pintes
Transport local — 1 000 $
Trains, bus, location auto, taxis & téléphérique
Activités — 1 300 $
Alhambra, Caminito del Rey, Sintra, caves Porto, Guinness & plus
Divers — 330 $
SIM, souvenirs, vins & transport privé fantôme
TOTAL : ~10 050 $ CAD · ~2 512 $/personne
💡 Le vrai secret : 78 $ aller-retour Dublin↔Madrid en low cost vs 1 200-1 400 $/pers en vol direct. L’économie finance presque tout l’hébergement du voyage.
⚠️ Attention Dublin : 3 nuits d’hôtel coûtent autant que 20 nuits d’Airbnb en Espagne et au Portugal combinés. Restez-y peu de temps !
✅ Checklist voyage — Espagne · Portugal · Irlande · 23 jours
📋 Documents
- Passeports valides 6 mois après le retour
- Aucun visa requis pour les Canadiens (espace Schengen + Irlande)
- Copies numérisées dans Google Drive
- Assurance voyage imprimée et en PDF
- Carte de crédit sans frais de change — Visa Desjardins ou Scotiabank idéal
- Carnet de vaccination à jour
👕 Vêtements — 3 pays, 2 saisons
- Espagne du Sud (Andalousie) : chaleur sèche 25-35°C
- Portugal côte (Lagos, Nazaré) : venteux même en été — prévoir couche légère
- Dublin : frais et pluvieux en tout temps — 12-16°C, manteau obligatoire
- Vêtements en couches — le seul système qui fonctionne pour ce trajet
- Souliers de marche confortables — pavés médiévaux à Madrid, Tolède, Porto, Dublin
- 1 tenue habillée pour les restos et sorties du soir en Espagne
- Coupe-vent imperméable léger — Dublin et côte portugaise
- Maillot de bain pour Lagos et Algarve
🎒 Sac à dos de jour
- Sac à dos urbain léger — longues journées de marche dans les villes
- Bouteilles d’eau réutilisables — fontaines d’eau potable gratuites en Espagne et Portugal
- Crème solaire SPF 50+ — Andalousie et Algarve impitoyables
- Petite trousse de premiers soins
- Cadenas pour les auberges et bagages en train
📱 Tech — eSIM en priorité
- eSIM recommandée fortement — activer AVANT de partir depuis le Québec
- Providers fiables : Airalo, Holafly — plan Europe multi-pays couvre les 3 destinations
- Avantage majeur : data dès l’atterrissage à Dublin, fonctionne en Espagne, Portugal et Irlande sans changer de SIM
- Garder SIM Québec active pour SMS bancaires et 2FA — indispensable avec 3 pays
- Adaptateur universel type C/G — Espagne/Portugal type C, Irlande type G (britannique)
- Attention : Dublin utilise les prises britanniques à 3 broches — adaptateur différent du reste de l’Europe
- Google Maps hors ligne pour chaque pays — télécharger avant le départ
- Power bank — journées de 10-12h sans prise
💊 Santé
- Médicaments habituels en quantité suffisante pour 23 jours
- Crème anti-ampoules — beaucoup de marche sur pavés
- Ibuprofène pour les pieds en fin de journée
- Trousse premiers soins de base
- Pharmacies accessibles partout — croix verte en Espagne et Portugal
💰 Budget & logistique
- Euro partout sauf Dublin — livre sterling non, l’Irlande utilise l’euro
- Cash utile pour les petits marchés, tips et transports locaux
- Réserver l’Alhambra de Grenade BIEN À L’AVANCE — sold out des semaines avant
- Réserver Caminito del Rey à l’avance — accès limité et très populaire
- Livraria Lello à Porto — billet d’entrée obligatoire, acheter en ligne
- Trains Espagne : Renfe — réserver à l’avance pour Madrid-Cordoue-Séville
- Trains Portugal : CP — moins cher, réserver 48h avant suffisant
- Ryanair Dublin→Madrid — enregistrer bagages en ligne — frais élevés à l’aéroport
- Avertir votre banque AVANT le départ — 3 pays en 23 jours = alarme fraude garantie sinon
🌍 Incontournables à ne pas manquer
- Alhambra de Grenade — réserver des semaines à l’avance, le plus beau monument d’Espagne
- Caminito del Rey à Ronda — randonnée vertigineuse sur falaise, expérience unique
- Pastéis de nata à Lisbonne — directement chez Pastéis de Belém, file qui vaut chaque minute
- Tram 28 à Lisbonne — prendre tôt le matin pour éviter la foule
- Caves à vin de Porto — dégustation de porto en bord de Douro
- Nazaré — voir les vagues géantes depuis le mirador de Sítio, spectaculaire même sans surfeurs
- Pubs de Dublin — Guinness fraîche directement à la source, Temple Bar en soirée
- Se perdre dans le Barrio Santa Cruz de Séville — ruelles blanches et orangers en fleurs

